Ghislain le grand - Témoignage de Ghislain Labonté
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Dans un film très populaire, il y a quelques années, un professeur proposait la maxime suivante comme guide de vie à ses élèves: « Carpe diem ». « Saisis le jour ». Et dans son enseignement, il essayait d'amener chacun de ses élèves à découvrir et affirmer l'unicité de son être.

Cette maxime et cet encouragement de ce professeur me rappellent Ghislain. En disant que Ghislain a vécu son unicité, je n'apprends rien à personne ici. En disant qu'il a saisi le jour, qu'il a bien vécu la vie, sa vie, je n'apprends rien à personne non plus. Je témoigne tout simplement que c'est le message qu'il me laisse, c'est l'héritage que je reçois de lui. Désormais je porterai mon nom avec plus d'honneur et de fierté. Au plus vaillant

Au salon funéraire, j'ai entendu une voix dans l'assemblée nous proposer comme invocation: « Saint Ghislain ». Je n'ai pas hésité à répondre: « prie pour nous. ». Bien sûr Ghislain n'a pas été le saint que les livres nous ont enseigné à vénérer, sauf un livre, un livre que j'ai toujours aimé et que j'aime encore de plus en plus, l'Ancien Testament. Dans ce livre les saints sont vivants. Les saints de l'Ancien Testament ne sont pas des personnes qui s'éloignent du monde en le méprisant. Non, les saints sont les personnes qui prennent plus au sérieux que les autres cette parole sept fois répétées dans le premier chapitre de la Bible: « Et Dieu vit que c'était bon. » Les saints de l'Ancien Testament aiment le monde, vivent dans le monde, expriment leurs peines et leurs joies dans ce monde. C'est ce que Ghislain a fait d'une manière unique, personnelle, intense. Il est digne des saints de l'Ancien Testament. Et moi je dis que Jésus-Christ est un saint de ce livre que nous appelons Ancien Testament. Si nous avions su reconnaître Jésus-Christ vraiment, il n'y aurait pas eu d'Ancien Testament mais un seul testament continué et réalisé en Jésus-Christ.

Je reviens à Ghislain et je n'hésite pas à rappeler une histoire d'un saint de cet Ancien Testament qui me fait penser à Ghislain, une histoire de Jacob.

Une nuit, Jacob s'est retrouvé tout seul alors qu'il était en route vers son pays après un long voyage de 14 ans au moins. Il venait de faire traverser le passage du Yabbok à toute sa famille, à tous ses serviteurs et ses servantes, et lui il était resté seul de son côté pour la dernière nuit avant de rentrer dans son pays le lendemain. Il savait qu'il devait revoir son frère Ésaü le lendemain après plusieurs années d'absence et il se rappelait qu'il avait joué un vilain tour à son frère Ésaü avant de le quitter. Jacob avait peur. Comment son frère l'accueillerait-il ?

Pendant la nuit un personnage mystérieux est entré en combat avec Jacob. Ils ont combattu toute la nuit et vers la fin Jacob a reçu un coup à la hanche qui l'a marqué pour la vie. Il a boité toute sa vie après cette nuit-là. Juste avant que le soleil se lève, le personnage mystérieux a dit à Jacob de le laisser aller. Jacob a dit qu'il le laisserait aller seulement après avoir reçu sa bénédiction. Le personnage a alors dit à Jacob qu'il ne s'appellerait plus Jacob mais Israël. Jacob a alors demandé à ce personnage comment il s'appelait. Le personnage ne le lui a pas dit mais a béni Jacob avant de partir.

Ghislain a aussi livré un combat jusqu'à la fin. Il en a reçu une plaque le déclarant le plus vaillant lutteur de son école. Jacob a été frappé à la hanche, Ghislain a été frappé en tout son corps. Jacob a été béni, Ghislain aussi par la résurrection. Je n'hésite pas du tout à affirmer que Ghislain, par sa manière intense et personnelle de vivre sa vie, indéniablement démontrée par son combat livré jusqu'à la fin, est un saint à la manière de mes saints préférés, ceux de l'Ancien Testament.

Ghislain R. Labonté, le petit, le 16 juillet 1996